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Ruelle d'un village de la vallée de la Loire au crépuscule Enquête · Environnement

Comment trois communes de la vallée de la Loire ont repensé leur éclairage nocturne

Par Camille Desforges · 14 avril 2026 · Lecture 9 min

L'idée paraît simple, presque évidente en 2026 : éteindre les lampadaires du centre-bourg quand personne ne les utilise plus. Pourtant, cette pratique, devenue courante dans plus de 12 000 communes françaises, reste controversée et soulève des questions que peu d'élus avaient anticipées lorsqu'ils l'ont mise en place.

Nous avons enquêté pendant trois mois dans trois communes d'Indre-et-Loire — Ligueil, Nouzilly et Azay-sur-Cher — pour comprendre ce que l'extinction nocturne change concrètement, et à quelles conditions elle fonctionne.

Premier constat : la biodiversité respire

À Ligueil, l'extinction a été mise en place en mai 2022, entre 23h30 et 5h30, sur l'ensemble de la commune. Le maire, Bruno Ferron (SE), a missionné le CPIE Touraine-Val de Loire pour suivre les évolutions faunistiques.

Deux ans plus tard, les résultats sont sans appel : le nombre de chauves-souris a augmenté de 40 %, les pipistrelles ont recolonisé le centre-bourg, et plusieurs espèces d'insectes nocturnes ont fait leur retour dans les zones humides adjacentes. La pollution lumineuse était clairement l'un des facteurs limitants de cette biodiversité.

Deuxième constat : un consensus fragile

À Nouzilly, 1 200 habitants, l'extinction a été votée en conseil municipal en décembre 2023 par 11 voix pour et 4 contre. Deux ans plus tard, les élus ont organisé une réunion publique pour faire le bilan : 80 % des habitants présents se sont déclarés satisfaits.

Les 20 % restants mettent en avant deux arguments récurrents : le sentiment d'insécurité, particulièrement chez les femmes qui rentrent seules tard le soir, et les difficultés de déplacement pour les personnes âgées et les salariés en horaires décalés (aides-soignantes, ouvriers en trois-huit).

« Nous avons sous-estimé l'impact pour certaines catégories », reconnaît aujourd'hui la première adjointe, Valérie Mercier. « Nous étudions la possibilité d'un éclairage détecté par mouvement sur les axes les plus empruntés. »

Troisième constat : s'équiper soi-même

Le troisième enseignement que nous tirons de notre enquête concerne l'adaptation des habitants. Dans les trois communes étudiées, les foyers ont progressivement intégré que l'extinction publique implique une autonomie lumineuse individuelle dans certaines situations : aller chercher du bois à la cave, sortir le chien tard le soir, revenir d'une soirée chez des amis voisins.

« Maintenant, j'ai toujours une lampe à côté de ma porte. Comme autrefois, quand on avait une lanterne. C'est juste revenu. »

— Thérèse, 72 ans, habitante de Nouzilly.

Quatrième constat : ni miracle ni catastrophe

L'extinction nocturne n'est ni la révolution annoncée par ses plus ardents promoteurs, ni la catastrophe craintive redoutée par certains opposants. Nos trois enquêtes montrent qu'elle s'inscrit dans un ajustement progressif, avec des effets réels mais modulables selon la manière dont elle est conçue.

Les conditions de réussite

Nous avons identifié quatre conditions qui reviennent systématiquement dans les témoignages recueillis :

  • Une concertation préalable avec les habitants, pas seulement une information a posteriori
  • Des exceptions ciblées sur les points jugés sensibles (accès pharmacie, parking gare, cimetière)
  • Un maintien d'un éclairage dynamique (détection de présence) sur les axes principaux
  • Un accompagnement des habitants les plus vulnérables (kit lumière fourni aux personnes âgées isolées à Ligueil, par exemple)

Pour les communes qui envisagent de franchir le pas, la bonne démarche n'est pas l'extinction brutale à 100 %, mais un ajustement progressif, localisé et concerté. C'est précisément ce qui distingue les réussites des échecs.

Enquête réalisée entre janvier et mars 2026. 38 entretiens conduits auprès d'élus, habitants, naturalistes et représentants de la gendarmerie.